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« A l’époque, le traitement contre le sida était déjà très efficace,» dit-il, « mais il n’était pas très pratique ou bien toléré. Il continue d’être efficace, mais il est maintenant beaucoup plus simple d’utilisation. Le nombre de pilules à ingérer par jour a diminué et les effets secondaires, sur le court et le long terme, ont été traités. La lypodistrophie, qui était un effet secondaire très important, a pratiquement disparu.
Il explique également qu’un autre grand pas a été franchi avec l’amélioration de l’espérance de vie. « Une personne infectée par le virus VIH possède probablement aujourd’hui la même espérance de vie que la population générale du même sexe et âge».
Le Dr Gatell nous informe que les avancées dans le développement de traitements efficaces impactent énormément sur la lutte contre le sida. « Les industries pharmaceutiques ont réalisé un travail extraordinaire », remarque t-il. « En moins de cinq ans, les laboratoires ont fabriqué 20 médicaments efficaces pour traiter le VIH. Nous ne pouvons pas les accuser de ne pas assurer leur mission. Les médicaments sont chers, c’est sûr, mais le travail a été fait et les médicaments existent. Nous devons maintenant régler la question de la négociation du prix, pour les rendre plus accessibles.»
Le défi reste, cependant, de garantir l’engagement le plus important de la communauté internationale qui est d’améliorer l’accès aux traitements anti-VIH. « Nous avons de la chance de travailler dans un pays de l’Europe de l’Ouest où nous n’avons pas de barrière pour accéder aux traitements » nous rappelle t-il. « Toutes les thérapies sont gratuites pour les nécessiteux. Ce n’est pas le cas dans beaucoup d’autres pays. Ce que nous pouvons faire, c’est prouver scientifiquement que le traitement rétroviral est très efficace. Il est également bénéfique pour la santé publique car il réduira, dans son ensemble, la transmission des virus. Mais les décideurs politiques doivent avancer dans cette réflexion et rendre les traitements disponibles à tous ceux qui en ont besoin. La preuve existe, la balle est dans le camp des politiciens et des décideurs politiques. »
Selon le Dr Gatell, la prévention par la pré-exposition prophylactique devrait être la plus haute priorité dans la recherche et le traitement du VIH. « Elle se concrétise par de la vaccination préventive, en changeant le comportement des patients et en étendant l’accès aux traitements à un plus grand nombre de patients afin de limiter la transmission du virus», développe-t-il. « Il y a des méthodes classiques pour prévenir les maladies infectieuses, notamment par l’amélioration de l’éducation et de l’économie. Il est important de changer les comportements sexuels des gens, les habitudes des populations. Je pense qu’il y a deux éléments. Le premier est d’accéder à l’information et le deuxième, d’être en position d’utiliser cette information. »
Il explique que l’un des aspects n’entraîne pas automatiquement l’autre. « Les femmes d’Afrique sub-saharienne peuvent savoir qu’avoir des rapports sexuels sans préservatif est dangereux pour la transmission mais elles n’ont pas forcément le pouvoir d’intégrer cette pratique dans leur vie quotidienne », dit-il. «C’est également un des gros problèmes dans des endroits comme l’Asie du Sud. Les femmes ne disposent souvent pas de leurs pleins pouvoirs pour appliquer le savoir dont elles disposent. Des directives mondiales existent pour fournir traitements et soins, mais la question récurrente reste comment faire pour favoriser l’application des directives dans ces pays? »
En tant que praticien clinique, le Dr Gatell, n’est pas en position d’influencer directement les communautés éloignées des pays en voie de développement, malgré le fait que la procédure soit identique. « Je travaille dans un grand hôpital », dit-il. «De mon bureau, je peux contribuer à la prévention contre le sida en éduquant nos patients et en les incitant à se faire soigner. Je peux leur demander d’informer leur situation à leurs partenaires. Notre contribution à la prévention est de traiter le plus de patients possible en vue de limiter la transmission. Si un patient reçoit un traitement, sa charge virale sera plus faible. »
Pourtant, ce qui est frappant, en Europe, c’est ce grand nombre de patients récemment diagnostiqués qui présentent déjà un stade avancé, d’où un appel à la mise en place de nombreuses actions coordonnées, nécessaires pour améliorer les diagnostics précoces. « Quelque fois les patients viennent consulter tardivement leur médecin pour être diagnostiqués », nous explique le Dr Gattel , « et d’autres, malgré la connaissance de leur séropositivité, ne cherchent pas à bénéficier d’assistance médicale avant des années. Nous devons améliorer l’éducation et informer la population de la nécessité de suivre un traitement dès qu’ils sont diagnostiqués. »
« Il y a différentes recommandations émanant d’agences privées et publiques qui essaient d’améliorer les diagnostics précoces. Tous les ans dans le monde occidental, nous essayons d’évaluer le problème du diagnostic tardif afin d’améliorer la situation d’une année sur l’autre. »
Il précise qu’en Europe, les pays choisissent parfois d’adopter des méthodes différentes. « En France, l’approche du diagnostic précoce est agressive, alors qu’en Espagne l’approche est plus conservatrice. En France, ils réfléchissent à la recommandation d’un test VIH annuel pour tout le monde, sans respect du dossier médical, tout en faisant fi de votre autorisation. L’approche plus conservatrice encourage l’éducation des professionnels de santé et des médecins, pour qu’ils abordent la question avec tous leurs patients, et plus particulièrement si le patient a eu des pratiques à risque. »
Pour finir, le Dr Gatell est assez confiant sur le futur des vaccins de prévention. « La bonne nouvelle est que deux ans auparavant un test de vaccin préventif a montré une capacité de protection de 30%, ce qui prouve l’intérêt du concept, mais c’est loin de ce dont nous avons besoin. La plupart des vaccins préventifs ont 80-90% de chance d’être viables. Le vaccin préventif du VIH est envisageable, mais il reste une longue route à parcourir, avant qu’il ne devienne une réalité. »
Vous pouvez en savoir davantage sur le Dr Gatell et notre comité international à l’ISHEID 2012, dont les membres cherchent ensemble un remède contre le SIDA et les autres maladies infectieuses émergentes.
Si vous souhaitez participer au débat et bénéficier des dernières informations sur les traitements du VIH, rejoignez-nous pour le Congrès ISHEID à Marseille, les 23-25 Mai 2012.
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