| Maintenant que des thérapies efficaces existent pour empêcher la réplication virale chez les patients infectés, les priorités médicales évoluent. Optimiser le diagnostic précoce chez les patients représente le défi le plus important du docteur Vella.
« Malheureusement, la plupart de nos patients consultent tardivement. Ils présentent généralement d’autres problèmes de santé, car leur maladie a atteint un stade déjà suffisamment avancé. Certains sont non seulement atteints du VIH, mais souffrent aussi de problèmes de vieillissement prématuré, qui aggravent leur cas. Nous examinons des patients âgés de 50 ans atteints du VIH, qui biologiquement en ont 60 ans. Nous traitons aussi, en Europe du Sud, beaucoup de patients co-infectés qui présentent à la fois le VIH et une hépatite, ce qui exige la prescription de traitements complémentaires, parfois difficiles à supporter» explique-t-il.
Le spécialiste affirme que l'amélioration du diagnostic précoce exigerait une double approche. En premier lieu, les gouvernements ont l’obligation de rendre le dépistage accessible et facile pour tous. « Mais nous devons aussi améliorer la prise de conscience de la transmission du virus », ajoute Stefano Vella. « Les médias ne traitent plus beaucoup du thème du SIDA et pourtant des milliers de nouvelles infections surviennent chaque année, en Europe. Cela donne l’impression que le virus du SIDA a disparu, qu‘il ne représente désormais plus une menace car il peut être soigné. Or, ce n'est pas la réalité. A moins qu’un remède ne soit découvert, le traitement est très lourd pour le patient et doit être poursuivi à vie. Les gens se sentent faussement en sécurité, c'est pourquoi tant de personnes sont infectés. En Europe, beaucoup pensent que le VIH et le SIDA ne touchent que les pays africains et les pays du Sud, et ils ne se sentent pas concernés.»
Le patient diagnostiqué qui débute son traitement s’engage sur un chemin jalonné d’obstacles, avec des défis variés.
D'une part, l'accès au traitement n'est pas universel, bien évidemment entre les pays développés et émergents, mais également au sein même de l’Europe. « Les patients ne sont pas traités de la même façon à Paris ou dans le sud de l'Espagne », explique le Docteur Vella. « L'accès à un bon traitement n'est pas équitable. »
D’autre part, les cas de toxicité à long terme représentent une préoccupation majeure chez les patients exposés à un traitement prolongé. « La découverte d’un traitement curatif contre le VIH n’est pas pour demain, nous devons donc réfléchir à des stratégies adaptées à une prise en charge à long terme des patients », constate le Docteur Vella. "S’ils ne prennent pas assidûment leur médication, ils peuvent développer une résistance, et il existe certainement des conséquences d’un traitement pris à vie. Nous nous intéressons maintenant à un changement d’approche thérapeutique destiné à améliorer la qualité de vie des patients et qui consiste à retirer les médicaments les plus toxiques. Ce n'est pas une bonne idée d’arrêter définitivement le traitement commencé, en revanche nous pourrions le simplifier."
Comme la majorité de praticiens, le Docteur Vella s’engage à l’accès mondial au traitement, son optimisme sur une évolution à court terme est pourtant mesuré. La conjoncture actuelle, où l’économie mondiale se rétablit difficilement de la crise financière, ne permet pas aux gouvernements d’allouer d’importantes subventions au Fonds Global de lutte contre le SIDA, la tuberculose et la malaria. « C’est une épidémie mondiale », dit-il. « Personne ne peut agir localement sans s’ouvrir à une perspective globale. Nous devons agir aux racines du problème, et elles sont mondiales. L’accès universel éteindrait l’épidémie par l’arrêt des contaminations. Nous avons besoins de moyens. Le problème ne se résume pas à l’envoi de médicaments. Nous avons des problèmes avec les systèmes de santé et nous pâtissons également de la pénurie de personnel de santé».
«Il doit aussi être reconnu que le travail que nous fournissons pour le VIH peut être transposé à d’autres maladies, telle que la tuberculose. Nous avons besoin de faire un bond en avant sur la santé générale des populations, et pas seulement le VIH. Notre modèle de prévention du VIH peut être également être appliqué à d’autres maladies, ce qui contribuerait à une amélioration générale de la santé dans les pays pauvres. La lutte contre les inégalités est une lutte mondiale ».
Le Dr Vella nous fait part des raisons qui le conduisent, lors de chaque édition, à participer au Congrès ISHEID alors même que le Congrès de l’IAS, à Rome, où 9000 participants sont attendus, approche.
«J’aime ce symposium », confie-il. « J’apprécie que ce soit un congrès à taille humaine et qui se concentre aussi, chaque année, sur des thèmes spécifiques. Le Président de l’ISHEID, le Dr Lafeuillade, change de thème principal à chaque édition, ce qui très intéressant pour nous, les praticiens. C’est une opportunité de discuter dans le détail de la pratique médicale, davantage qu’au moment de grands Congrès, qui traitent de problématiques plus générales. Je reviens de l’ISHEID avec de nombreuses informations et des réflexions abondantes, issues des forums de discussion d’une très grande qualité qui y ont lieu».
Si vous souhaitez participer au débat et bénéficier des dernières informations sur les traitements du VIH, rejoignez-nous pour le Congrès ISHEID à Marseille, les 23-25 Mai 2012.
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