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Interview du Docteur Magnus GISSLÉN

« La plupart des patients VIH vivent très bien.  C’est complètement différent d’être un médecin du VIH aujourd’hui» Les perspectives d’un expert à l’ISHEID.

gisslen Chaque année, nous avons hâte d'accueillir les participants qui reviennent assister au « Symposium International VIH et Maladies Emergentes Infectieuses ». Cependant, en 2012, de nouveaux membres seront présents, notamment Magnus Gisslen, avec lequel nous nous sommes entretenus sur ses espérances au sujet du prochain ISHEID.

 

"Ce sera ma première participation", nous confie le Dr Gisslén. "J'ai entendu dire que l'ISHEID est une très bonne conférence, alors lorsqu'Alain Lafeuillade m'a invité à y participer, je me suis dit qu'il s'agissait d'un excellent moyen de découvrir l'événement. J'attends avec impatience une discussion ouverte dans cette conférence, qui couvre un large éventail de sujets, avec des personnes impliquées en première ligne de la recherche."

Télécharger le programme préliminaire. 

 Un des principaux sujets du programme 2012, pour le Dr Gisslén, sera la « Primo-infection et les Réservoirs du VIH ». « Il existe différents types de réservoirs où le virus VIH peut se cacher du système immunitaire et des traitements antiviraux », a-t-il expliqué. « Je mets beaucoup l'accent sur le système nerveux central dans mes recherches, qui représente un réservoir important du VIH. De nombreux travaux montrent que les personnes sous traitement efficace développent encore des déficits cognitifs. Ceci pourrait s'expliquer par le fait que certains médicaments utilisés n'agissent pas sur le cerveau. »

 

Il est primordial d'étudier les nouveaux traitements et leurs effets sur le système nerveux central, selon le Dr Gisslén. « Le cerveau est un organe important du corps », insiste t-il.
« Nous savons que le virus peut persister dans le cerveau et le système nerveux central. Il peut aussi s'installer dans les lymphocytes T et les cellules mémoires. Il y a des choses dont nous sommes sûrs, et d'autres non. Ce point sera certainement abordé en 2012».

 

 

« Durant la dernière décennie, les patients atteints de VIH ont bénéficié de l'amélioration manifeste des traitements, tant sur l'efficacité que la variété », nous a précisé le Dr Gisslén. « Il existe de meilleurs traitements antirétroviraux avec moins d'effets secondaires», a-t-il observé. « Nous disposons de nombreuses alternatives, permettant de traiter efficacement tous les patients. Très peu de patients sont en impasse thérapeutique, s'ils le sont, il s'agit de résistance, sous réserve qu'ils soient traités. Maintenant, presque plus personne ne meurt du SIDA dans le monde occidenta ».


Les pays en voie de développement ont aussi connu des améliorations, bien que beaucoup reste à faire. « Les besoins ne sont pas satisfaits mais beaucoup plus de personnes sont traitées depuis les 10 dernières années » a noté Dr Gisslén. « De grandes avancées ont été réalisées et le problème demeure moins grave qu'il y a 10 ou 15 ans. Nous pouvons maintenant nous préoccuper d'effets secondaires comme les maladies cardiovasculaires - il y a 15 ans ce sujet n'aurait même pas été abordé ».


Dans la société en général, des progrès restent à réaliser. « Il est difficile pour un séropositif de vivre dans un environnement social », a-t-il ajouté. « La maladie est encore mal acceptée, bien que le début de l'épidémie soit déjà lointain. Des patients rencontrent des problèmes relationnels avec leur entourage et leurs proches qui restent focalisés sur la maladie. La presse ne se concentre plus sur ce sujet depuis ces dernières années, ce qui doit contribuer à maintenir la stigmatisation ».


Le Dr Gisslén reste optimiste quant à l'accès universel au traitement anti-VIH, quoiqu'il estime l'objectif irréel à moyen terme. « Cette question évolue sans cesse », a-t-il déclaré. « Elle est étroitement liée à celle du développement. Je suis optimiste lorsque je me projette dans les cinq prochaines années, mais je ne pense pas que l'accès sera mondial. Tant de choses sont imbriquées. Vous avez besoin d'argent pour acheter le traitement et il est aussi essentiel de disposer de structures pour débuter le traitement. Pour qu'il soit effectif, des réseaux structurels et sociaux, des hôpitaux et une stabilité politique sont nécessaires ».


Bien qu'une diminution de l'investissement de l'industrie pharmaceutique dans le VIH soit à craindre, le Dr Gisslén conserve une vision plus pragmatique. « Aujourd'hui il n'est pas facile de réaliser des bénéfices avec la commercialisation de nouveaux médicaments », a-t-il dit.
« Par exemple, très peu de nouveaux antibiotiques ont été développés ces 15 dernières années alors que maintenant l'attention s'est déplacée de l'infection bactérienne vers l'infection virale. Ce sera semblable pour les antiviraux VIH. Probablement moins des nouveaux médicaments antiviraux seront développés dans les 15 prochaines années. Les laboratoires pharmaceutiques sont maintenant impliqués dans le développement des médicaments de l'hépatite C. Quelques sociétés se concentrent dorénavant plus sur l'Hépatite C que sur le VIH ».


La bonne nouvelle, c'est que d'énormes avancées sont réalisées dans des traitements antiviraux, le Dr Gisslén note plus d'optimisme chez les patients, aujourd'hui. « La plupart des patients VIH vivent très bien », souligne t-il. « Les médicaments doivent être pris régulièrement, mais très peu d'effets secondaires se manifestent, et ceux qui en souffrent réellement, représentent une minorité. C'est complètement différent d'être aujourd'hui un médecin du VIH. Dans le passé, nous avions à lutter pour allonger la durée de vie des patients atteints du VIH. D'une certaine manière aujourd'hui, notre métier est plus facile ».

 

Rejoignez le Dr Gisslén et notre comité d'experts à l'ISHEID 2012, dans la poursuite de la recherche d'un traitement curatif pour les patients.

 

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Le Dr Rockstroh, membre du Comité Scientifique de l’ISHEID 2012, participe à l’élaboration du programme scientifique. Il nous a donné des détails sur l’actualité abordée lors de la prochaine édition de l’ISHEID. « En premier lieu, le débat s’ouvrira sur les recommandations les plus récentes», nous précise t-il. « Des différences existent entre les recommandations américaines et celles des autres pays. A partir de quand  devrions-nous commencer une thérapie ? Il s’agit d’un sujet d’intérêt général. »

De plus, le Dr Rockstroh a expliqué que la gestion des patients infectés par l’hépatite C s’est fondamentalement transformée. « De nouveaux médicaments sont dorénavant disponibles, nous pouvons donc attendre un meilleur taux de guérison », nous précise-t-il. « La France est un pays pionnier dans le traitement de patients grâce à la combinaison de médicaments nouvellement mis sur le marché, nous avons besoin d‘évaluer les résultats de ces premières expériences. »

Les dix dernières années ont vu l’émergence d’avancées majeures dans la lutte contre le SIDA, mais aussi de quelques déconvenues. « Un des constats les plus optimistes, le VIH est  devenu une maladie qui se soigne  et l’activité de la maladie est contenue pour la majorité des patients » nous explique Dr Rockstroh. « Seulement, nous ne disposons pas de remède pour guérir les patients et les médicaments que nous prescrivons, sont considérablement toxiques. De plus, la vaccination ne présente pas encore les résultats escomptés ».

Tandis que les traitements pour les patients atteints du VIH se sont considérablement améliorés ces dernières années, le Dr Rockstroh note une légère augmentation des nouvelles infections depuis 2006. « Nous assistons à une augmentation de patients issus de communautés pauvres » observe-t-il. « Nous constatons plus de problèmes sociaux chez les patients. Ils changent également d’état d’esprit, en acceptant l’idée d’avoir perdu des êtres chers. Nous remarquons de nombreux problèmes relatifs à l’âge des patients lorsqu’ils sont déprimés, et parfois esseulés. »

L’accès universel au traitement demeure un point sensible, à la fois limité et dépendant de la richesse économique d’un pays. « Un effort pluri-disciplinaire sera nécessaire pour fournir un traitement à tous les malades », note-t-il « Il ne s’agit pas seulement d’obtenir un traitement pour tous mais aussi d’assurer l’approvisionnement des médicaments en continu. Nous avons constaté qu’en Europe orientale, le stock de médicaments est peu achalandé or, nous nécessitons, pour mieux travailler, de maintenir un approvisionnement permanent. Les politiciens et les physiciens doivent  s’unir pour poursuivre le même but, même si cela devient extrêmement difficile au regard de la crise économique. »

Le Dr Rockstroh  a trouvé une manière constructive de travailler dans les régions où l’accès au traitement est inégal, en décidant de se rendre directement dans les communautés pour  transmettre son savoir-faire avec les praticiens et les patients sur le terrain. En mars dernier, il s’est rendu à Pune (en Inde) comme l’un des leaders d’un programme médical intensif sur le VIH. « J’ai été invité par Sanjay Pujari pour les accompagner dans l’élaboration de recommandations, pour discuter de cas cliniques et pour transmettre mes connaissances » explique-t-il.

« Je trouve en fait que se rendre ailleurs et observer leur situation est très utile pour comprendre leurs besoins, plutôt que tout le monde visite mon unité. Certaines choses n’ont aucun rapport avec ce qu’ils voient ou le fonctionnement du système indien, ce n’est donc pas très pertinent. Ils utilisent, par exemple, beaucoup moins de tests de résistance car les remboursements sont très faibles. Chacun reçoit un traitement sans être testé au préalable. »

« D’un autre côté, leur expérience de traitement contre la tuberculose est bien meilleure que la nôtre car ils font face à des cas plus nombreux. Cela fut certainement un apprentissage mutuel, en tout cas j’ai beaucoup appris. »

Pour en savoir plus sur la recherche d’un remède rejoignez-nous à l’ISHEID, du 23 au 25 mai 2012.

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